2e article de François DEDEREN > "Un navire échoué provoque un drame du Pétrole"
un drame du pétrole d'une certaine importance a été provoqué par le navire marchand panaméen, le REGENT OAK, qui est venu s'échouer dans la baie d'Hanga Roa à l'île de Pâques.
Un délégué du journal "El Mercurio" s'est rendu sur place pour connaître la situation exacte du navire échoué sur un fond rocheux, qui a effectivement perdu la moitié de son carburant. On sait que les conditions météorologiques ne facilitent pas sa position car la mer est agitée par des vents forts du sud ouest, d'une vitesse de 15 à 20 noeuds.
Au gouvernement:
Le commandant en second du gouvernement maritime, le capitaine du port de Valparaiso, le capitaine de frégate Federico Guillermo Blanco Baeza signale que le capitaine du port de l'île de Pâques, le capitaine de corvette Pedro Goya Gonzalez lui a communiqué ce qui suit:
Il a été constaté après inspection du navire que la salle des machines est inondée à cause de nombreuses infiltrations par la coque, il est certain que l'eau provient de l'extérieur et les dommages du bateau panaméen sont causés par les rochers pratiquement incrustés dans sa coque, provoquant ce drame du pétrole dont l'importance ne peut encore être déterminée avec précision
Survol aérien:
Le capitaine du port a effectué un survol dans un avion de la force aérienne chilienne du bateau et de la zone affectée par ce drame afin de déterminer son importance. Il a été constaté que la nappe de pétrole, poussée par les vents du sud ouest, dérive vers la haute mer. Sans savoir ce qui se passera avec les conditions de vent, le pétrole pourrait se rapprocher de la côte et même infecter les deux plages de l'île dans la partie nord est. Actuellement, la côte est touchée du port jusqu'au Motu Tautara. Le bateau au moment de l'échouement, transportait dans ses soutes, 1500 tonnes de pétroles et en outre 30.000 tonnes de rondins de bois en cales et aussi emballés sur le pont, qui avaient été embarqué à San Vicente dans la région d'Octava (Chili) avec comme destination le port coréen de Ichon.
Experts hollandais.
Le capitaine du navire panaméen appartient à l'armateur du REGENT OAK, la société SHIPPING Co. Celui-ci signale que suivant les renseignements reçus, ceux-ci ont un contrat avec une équipe d'experts hollandais en sauvetage maritime. Ils seront envoyés incessament par voie aérienne, elle tachera de sauver le navire qui se trouve à proximité de la côte. Le 9 août, un remorqueur de haute mer et venant du Chili, effectuera des manoeuvres de secours, afin de tirer le navire de sa position difficile. Pour mémoire, nous savons que l'activité commerciale se rencontre uniquement entre la pointe de Cook et Hanga Roa, c'est à dire, dans la zone habituelle du mouillage des navires qui arrivent à l'île de Pâques sauf les pétroliers, bien entendu.
Bateau pratiquement neuf.
Le REGENT OAK est sorti des chantiers en 1981, c'est un BULL CARRIER de 16.427 tonnes de gros registre, de 174 mètres de long et de 26 mètres de large. Il a fait escale à l'île de Pâques pour débarquer un marin coréen du nom de AUNG HLA qui souffre d'une hémorragie gastrointestinale. Le malade a été transféré à Santiago du Chili par la voie de la LANCHILE. D'après une recherche du journal "El Mercurio", l'incident se serait produit à cause d'une route suivie équivoque relevée sur une carte usagée de navigation anglaise qui, paraît-il, n'est plus d'actualité. Il est à espérer, pour tous, que le bateau sera protégé par un secours providentiel, pour certains autres, le navire est déjà irrémédiablement perdu et sera remorqué en haute mer pour y être coulé.
La confirmation du gouverneur de l'île.
Les experts se sont prononcés et le navire sera bien immergé en eau profonde dans les eaux internationales. Les experts ont déclaré, le bateau irrémédiablement perdu. Depuis le gouverneur provincial de l'île, le capitaine de navire ARIEL GONZALEZ, en conversation téléphonique avec le journal "Estella", déclarait le 20 août 1983 que le navire panaméen REGENT OAK, échoué à proximité de la côte, en face de la baie de Hanga Roa, est irrémédiablement perdu. Il sera remis à flots et remorqué en haute mer pour y être coulé. La décision prise par les autorités compétentes se trouvant sur l'île a été déterminante et les experts en sauvetage maritime signalent que les travaux de remise à flots seront ardus et difficiles et se feront avec tous les éléments nécessaires. Plus de 12 personnes, toutes expertes en la matière, sont arrivées par voie aérienne, aussi bien pour remorquer le navire et aussi bien pour effectuer l'opération de renflouage du bateau ainsi que le nettoyage de la nappe de pétrole et l'évacuation du bois afin qu'il n'existe plus de possibilité de contamination.
Les problèmes.
Le commandant GONZALEZ SENALO signale qu'il existe encore quelques problèmes pour faire progresser l'opération de renflouage. Le 21 août, le chef des experts aura un entretien avec les autorités maritimes de Valparaiso afin de confirmer les convenances et garanties de remettre le navire à flots.
Bateau détruit.
Faisant l'éloge du REGENT OAK, le gouverneur de l'île signale que le navire à simple vue, se veut sans problèmes. Il est traité comme on traite un bateau neuf aux peintures récentes. La nuit, c'est un magnifique spectacle tout illuminé, dommage qu'il soit écorché en si peu de temps. Le problème, c'est sa coque collée aux rochers et on sait maintenant que celle-ci a des dégâts importants. Disons enfin que l'équipage est à bord et réalise différentes besognes pour préparer l'opération de renflouage.
Croyant qu'il faut préserver les uniques valeurs de l'île de Pâques, cet incident démontre à suffisance qu'il faudrait doter l'île d'un petit port.
J'ai appris quelques semaines plus tard, que la population de Rapa Nui, avait reçu l'autorisation des assurances d'enlever du navire tout ce qu'elle pouvait emporter et d'après nos informations, même le cabinet dentaire a été entièrement démonté pour l'hôpital. des milliers de billes de bois se sont retrouvées tout le long des côtes. On a donc assisté à un véritable travail autorisé de naufrageurs.
Je tenais à vous rappeler cette histoire des plus curieuses et peu connue afin d'attirer votre attention sur le fait que jamais on ne retire les leçons de pareil événement puisque 24 ans après ce drame, il n'y a toujours pas de port à Rapa Nui.
François DEDEREN, Belgique, "Te Pito", membre du Pacifique Art Association (P.A.A.)
